Sur le calendrier, demain c'est l'automne
Les oiseaux regroupés sur les fils électriques,
Se rassemblent par centaines et forment des colonnes,
Pour partir bientôt sous le soleil des tropiques.
La fraîcheur de la nuit leur donne le signal
Du départ vers des contrées n'ayant pas d'hiver.
Après une envolée, portée par le mistral,
Ils gobent les tous derniers moucherons et vers.
Dans le soleil couchant s'élancent dans les airs.
Dans un cri tapageur, virevoltant sans cesse,
Ils prennent leur dernier élan et disparaissent
Dans le lointain, suivant un itinéraire.
Le voyage est bien long sur la route des cieux,
Il faudra du temps et de nombreuses marées,
Avant d'étaler leurs petits corps gracieux
Sous un manteau d'azur et de rayons dorés.
Dans la brume du soir, l'automne prend ses aises.
Les arbres dans l'allée se teintent d'or, de braise.
Le jardin silencieux, l'horizon déserté,
Colchiques dans les prés, c'est la fin de l'été.
Jeannine Biehler,
poème tiré du recueil "A fleur de mots"
Les rangs se vident de leurs grappes
les bois s'allègent et vibrent sous la main
l'arête des silex brille d'un feu aigu;
Entre les feuilles, entre les fils
un étrange silence se répand
la vie a changé de rive, le vin affleure.
Le pressoir abrite les grains
emplis d'un jus frais sous la langue sèche
la pulpe pressée délivre ses arômes.
Mon enfance surgit, vivace
la terre de mes ancêtres se repeuple
les sens de ma vie parvient à mes pensées.
Le bon visage de mon père
apparaît dans la lumière du soir
le sourire de ses yeux apaise mon angoisse.
Il me parle de sa jeunesse
de sa vigne aimée, de son coeur blessé.
Mon frère vivant pose sa main sur mon épaule.
Sous les bois serrés du pressoir
les grains blancs écrasés rendent leur jus
la motte compressée exhale des soupirs.
Je goûte un moût vieux de trois jours
ma bouche s'emplit de miel et d'orange
d'une saveur acidulée comme l'enfance.
Le soir apporte sa fraîcheur
les oies font silence avant le sommeil
un sentiment de plénitude vient m'effleurer.
François Augé,
poème tiré du recueil "Vigne
AMOUR D'AUTOMNE
La feuille d'automne
Danseuse du vent
Voltige et tâtonne
Aux jours de l'avent.
Demoiselle en tablier
Vos amours volent, volent
Prenez sous les peupliers
Vos amours volant au vent
La feuille voyage
Volage souvent
Créant des ménages
En changeant de vent.
Demoiselle en tablier
Vos amours partent, partent
Cachez sous les peupliers
Vos amours partant au vent.
La feuille sincère
A un connivent
Le souffle d'Auster
Son dernier servant.
Demoiselle en tablier
Vos amours restent, restent
Gardez sous les peupliers
vos amours restant au vent.
La feuille repose
Oubliée au vent
sa mort prédispose
A l'hiver suivant.
Demoiselle en tablier
Vos amours meurent, meurent
Pleurez sous les peupliers
Vos amours mourant au vent.
Patrick Duchez
poème tiré du recueil "A, maux couverts"