Quelle belle soirée que celle qui rendit hommage à ce phare de l'humanité que fut Nâzim Hikmet; Que de monde ce soir là, surtout, bien sûr, un public turc d' hommes et aussi de jeunes filles, de femmes acompagnés de leurs enfants tous attentifs aux lectures des poèmes de Nâzim en français et pour certains en langue turc relatant chronologiquement la vie riche en aventures pas toujours exaltantes pour ce poète. lectures entrecoupées de temps en temps par un poème de Nâzim chanté et accompagné à la guitare au grand plaisir du public. La soirée se termina dans l'euphorie générale accompagnée d'une dégustation de spécialité turques
Je suis né en 1902
je ne suis jamais revenu dans maville natale
je n'aime pas les retours
à l'age de trois ans à Alep, je fis profession de petit fils de pacha
à dix-neuf ans, d'étudiant à l'université communiste à Moscou
à quarante-neuf ans à Moscou, d'invité du Comité central,
et depuis ma quatorzième année, j'exerce le métier de poète.
Il est des gens qui connaissent les diverses variétés de poissons
moi celle des séparations
Il est des gens qui peuvent citer par coeur le nom des étoiles,
moi ceux des nostalgies.
J'ai été locataire des prisons et des grands hôtels,
j'ai connu la faim et aussi la grêve de la faim et il n'est pas
de mets dont j'ignore le goût.
Quand j'ai atteint trente ans on a voulu me pendre,
à ma quarantième année on a voulu me donner
le prix mondial de la paix
et on me l'a donné.
Au cours de ma trente-sixième année, j'ai parcouru en six mois
quatre mètres carrés de béton.
Dans ma cinquante-neuvième année, j'ai volé de Prague
à la Havane en dix-huit heures.....
En 1952, le coeur fêlé allongé sur le dos,
quatre mois j'ai attendu la mort.
J'ai été fou de jalousie des femmes que j'ai aimées.
Je n'ai même pas envié Charlot pour un iota......
On m'imprime dans trente ou quarante langues
mais en Turquie je suis interdit dans ma propre langue.
Je n'ai pas eu le cancer jusqu'à présent,
on n'est pas obligé de l'avoir.......
mais à l'approche de la soixantaine, je suis tombé amoureux
Bref... camarades,
aujourd'hui à Berlin, crevant de nostalgie comme un chien,
je puis dire que j'ai vécu comme un homme.
Mais qui sait combien il me reste à vivre
et ce qui pourra arriver ?
Nazim meurt le 3 juin 1963, "il était de ces tendres et indomptables lutteurs pour la liberté des plus humbles. Communite turc, il passa sa vie entre prisons et exil. Chantre de la Turquie laïque et populaire, il sut dans ses poèmes en utiliser à sa manière les traditions, les jeux sur les mots, les musiques. Tous ses espoirs étaient mis dans la venue d'un monde. meilleur". (Philippe Soupault)