Aquarelle de Michèle de La Jouannière
à Junior, mon chien labrador
Les arbres dans la nuit oublient leurs feuilles mortes
ils n'ont plus la force de pleurer le temps enfui
Le ciel chargé de noirceur s'essouffle en longs relents
il s'affaisse sur la terre emplie de souffrances
Le fleuve s'ébroue dans un sommeil d'écume légère
il pousse les berges de ses épaules ruisselantes de salive
Les herbes de mon jardin se sont allongées sous la lune
elles respirent le drap humide de l'air alourdi
Là-bas au centre d'un carré de bouleaux paisibles
enveloppé d'un suaire livide de tristesse infinie
mon chien repose
Mon chien dort sous la terre
protégé
par une couverture de feuilles
de la fenêtre j'aperçois son dernier refuge
je pleure son absence
Au matin je cherche ses yeux fidèles
j'imagine son corps froid dans l'argile et le sable
il est mort
la lune ronde veille sa dépouille de marbre
Au début c'était le chien des enfants
après il devint le chien des parents
héritage à l'envers porteur de mots enfouis
animal gardien du troupeau
animal passeur entre les eaux
Le sable de son pelage file sous mes mains orphelines
mon chien n'est plus là
il est allongé sous les hauts bouleaux blancs
il dort dans la terre
impassible
François Augé
poèmes extraits de " Le divan dans les arbres" aux éditions L'Harmattan