Comme une liane qui s'enroule dans les méandres de la mémoire, la vigne traverse le temps compté des hommes. Sa beauté immobile apporte au voyageur égaré la quiétude et l'apaisement de sa puissance en racines. Sur le velin de ses feuilles, elle a écrit les mots de la vie. Elle a gravé les poèmes des saisons sur le parchemin de ses ceps. Les fruits de sa patience enchantent les coeurs épuisés, désaltèrent les bouches assoiffées d'éternité
Au fond des longs sillons herbeux le trèfle sauvage, le vert pissenlit forment un tapis de soie sur les cailloux pointus;
Les grappes serrées sur leur secret demeurent impassibles sous le voile des feuilles. Maturité sous le lourd soleil déclinant.
Le passé de la vigne affleure sa forêt de lianes fascine mon rêve des oiseaux colorés s'abreuvent à ses baies.
Le grondement de la vallée emplit l'air immobile d'un sourd tumulte le bruissement de mon enfance est enterré.
Le tchou-tchou du train à vapeur s'est étouffé dans des rails étranges la campagne tranquille a perdu la boussole.
Je presse un grain noir dans ma bouche j'aspire son jus, je mastique sa pulpe je redeviens un petit garçon de cinq ans.
Le ciel était bleu de lumière mon père souriant me tenait la main nous remontions le chemin le long de la vigne....
Le vent d'est se tourne au sud sécheresse et soleil pour le raisin épuisé de sa lutte sous les cieux incertains.
Derrière sa clôture sans façon l'ânesse Biscotte, indifférente savoure son repas au milieu des oies muettes.