à Monsieur le Président
Las, Monsieur, en ce temps que le cruel orage
Menace les français d'un si piteux naufrage,
Prenez le gouvernail de ce pauvre navire,
Et malgré la tempête, et le cruel effort
De la mer et des vents, conduisez- le à bon port.
La France à jointes mains vous en prie et reprie.
Ah ! que diront là-bas sous les tombes poudreuses
De tant de vaillants soldats les âmes généreuses !
Que diront tant de pères devenus des guerriers
Qui sont morts d'une plaie au combat les premiers,
Et pour une France ont souffert tant de labeurs extrêmes,
La voyant aujourd'hui détruire par soi-même ?
Ô toi, historien, qui d'encre non menteuse
Ecris de notre temps l'histoire monstrueuse,
Raconte à nos enfants tout ce malheur fatal,
Afin qu'en te lisant, ils pleurent notre mal.
Monsieur, je serais ou du plomb ou du bois,
Si moi, que la nature a fait naître françois,
Aux races à venir je ne contais la peine
Et l'extrême malheur dont notre France est pleine.
Poème d'après Ronsard